jeudi 15 février 2018

UN BON PROCÈS PÉTROCARIBE: UN IMPÉRATIF DANS LA LUTTE CONTRE LA CORRUPTION EN HAITI


 Par Edmonde SUPPLICE BEAUZILE

Présidente du Parti Fusion des Sociaux-Démocrates Haïtiens (FUSION)

Le spectacle déplorable que la majorité PHTK et ses alliés ont infligé aux citoyennes et aux citoyens qui ont veillé très tard mercredi dernier, dans l’espoir que les sénateurs allaient finalement accepter le rapport de leur commission d’enquête, a confirmé qu’il n’y a rien à espérer d’eux si l’on veut tracer un exemple dissuasif dans l’affaire Petrocaribe.  Avec le premier rapport de la commission éthique du Sénat nous avions cru voir poindre au bout du tunnel une petite lueur qui, l’espace d’un instant, nous a fait rêver qu’enfin justice serait faite au peuple haïtien et que celles et ceux qui ont lourdement endetté notre pays pour de longues années, allaient payer pour ce crime de lèse patrie perpétré avec la dilapidation des fonds du programme Petrocaribe.  

Les tergiversations qui ont suivi le dépôt de ce premier rapport et qui ont repris avec le second, laissaient entrevoir que ceux qui ne veulent pas que ce procès du siècle ait lieu, feraient tout pour enterrer le dossier.  D’ailleurs le Président de la République n’a pas hésité à avouer publiquement qu’il était intervenu personnellement pour faire obstruction à la justice et bloquer le processus.  Dans d’autres pays de la région, cela aurait suffi pour déclencher une procédure d’impeachment.  Les ténors de sa majorité n’ont pas manqué de monter au créneau et de se répandre dans la presse pour indiquer d’avance que le rapport finirait dans la poubelle.  La majorité PHTK et ses alliés en faisant voter à la cloche de bois une résolution transférant le dossier à la Cour Supérieur des Comptes et du Contentieux Administratif, croient avoir trouvé une voie de garage pour faire oublier l’affaire.

 Mais c’est compter sans la détermination des démocrates de notre pays qui ont régulièrement pris position contre la corruption et réclamé la vérité sur ce que les gouvernements qui ont géré les fonds Petrocaribe ont fait de l’énorme dette qu’ils ont gaspillé, sans pouvoir montrer grand-chose pour les milliards de dollars dépensés.  La FUSION veut publiquement féliciter le citoyen Johnson Colin et son équipe d’avocats qui ont eu le courage de déposer formellement plainte et de saisir un juge d’instruction en vue de pousser les investigations et de monter un dossier solide contre celles et ceux qui de près ou de loin ont participé à ce hold-up.  La présomption d’innocence reste une règle de droit qui doit être strictement respectée dans cette affaire, il en va de la crédibilité de notre système judiciaire qui tient là une bonne occasion de redorer son image.

 Il est décevant de constater que l’institution parlementaire ne se soit pas montrée à la hauteur de cette noble tâche qui consistait à lancer un grand Procès Petrocaribe qui doit marquer le commencement de la fin de la corruption en Haïti.  A quelque chose malheur est bon.  Que serait-il advenu de ce procès si l’on avait dû s’en remettre à une Haute Cour de Justice contrôlée par une telle majorité, pour connaitre de cette affaire ?  Tous les protagonistes risquaient, hélas, d’être innocentés.  En affichant ouvertement leurs positions et en tentant par tous les moyens de bloquer un simple rapport, les sénateurs de la majorité PHTK et leurs alliés ont tout simplement éliminé toute possibilité pour que la Haute Cour de Justice soit saisie.  D’ailleurs il y a peu de chance de voir la large majorité PHTK à la Chambre des Députés agir différemment de leurs collègues du sénat et mettre en accusation leurs amis politiques sur qui pèsent de lourds soupçons.

 Il faut donc que l’action introduite par notre compatriote fasse son chemin et permette de suppléer valablement aux défaillances des parlementaires.  Il va s’agir d’un procès énorme. Plus de trois cent contrats, autant de firmes et de fournisseurs impliqués sans oublier les sous-traitants, des milliers de pages de documents, des centaines voire des milliers de personnes, fonctionnaires, entrepreneurs, banquiers, employés à interroger, des experts à mobiliser, des enquêtes approfondis à mener sur le terrain, des recherches à effectuer dans la comptabilité des firmes, dans leurs ordinateurs, dans les mouvements de fonds sur leurs comptes, dans leurs déclarations définitives d’impôts, des milliers de relevés bancaires à éplucher, des enquêtes à effectuer à l’étranger dans les paradis fiscaux au Panama, en Suisse ou ailleurs, etc.  Un bon procès Petrocaribe va prendre du temps et va coûter cher.  Le juge d’instruction à qui l’on va confier ce lourd et périlleux dossier est déjà débordé par des dizaines voire des centaines d’autres affaires.  Il lui faudra donc recourir à l’appui technique de nombreux experts nationaux et internationaux de haut niveau.  Nous devons admettre que notre système judiciaire ne dispose pas de toutes les ressources humaines, matérielles et financières pour faire face à cette tâche et encore moins des moyens pour garantir la sécurité de ceux qui auront à apporter leur collaboration.

 En dépit de la faiblesse de notre système judiciaire, je crois qu’il y a des juges honnêtes et courageux qui sont en mesure de prendre en charge le dossier et d’aboutir à un bon procès Pétrocaribe exemplaire, si on lui en donne les moyens.  Il faut pour cela que le Président de la République se ressaisisse, qu’il comprenne qu’il ne pourra pas protéger ses prédécesseurs indéfiniment et que dans l’intérêt du pays et dans le sien propre, il doit apporter un appui inconditionnel à la justice haïtienne pour la réussite de ce procès. 

Il va falloir de mettre de côté les postures nationalistes, prendre conscience de nos limitations et utiliser les outils internationaux qui sont à notre disposition.  En effet Haïti a signé et ratifié la Convention des Nations Unies Contre la Corruption les 12 décembre 2003 et 14 septembre 2009 et la Convention Interaméricaine Contre la Corruption les 29 mars 1996 et 14 avril 2004.   Ces deux conventions comportent des dispositions permettant l’obtention d’une assistance technique aux états signataires qui le souhaitent.  Il est certain que si le gouvernement haïtien en fait la demande, les Nations Unies (ONU) et l’Organisation des États Américains (OEA) sauront mobiliser les fonds pour recruter le nombre d’experts internationaux nécessaires, ayant la compétence et l’expérience indispensables en ingénierie, en comptabilité, en finance, en blanchiment des avoirs, en récupération de biens mal acquis et transférés à l’étranger, en fiscalité et autres spécialités, pour accompagner nos institutions de lutte contre la corruption et nos juges.  Il ne s’agirait en aucune façon de dessaisir la justice haïtienne et encore moins de  donner à des juges étrangers le pouvoir de juger des citoyens haïtiens.  L’assistance se limiterait à un accompagnement dans la conduite des enquêtes complexes, le montage de dossiers solides et la prise de décisions délicates légalement fondées et inattaquables.

Nous avons dans la région des exemples de pays qui ont sollicité et obtenu une assistance internationale.  En 2006 le Guatémala a signé avec l’ONU une Convention Internationale Contre L’Impunité au Guatémala (CICIG).  En 2015 c’était le Honduras qui signait avec l’OEA une Convention pour l’établissement d’un Mission pour appuyer la lutte contre la corruption et l’impunité dans ce pays.  La FUSION a choisi de prendre au mot le Président de la République sur sa volonté d’éradiquer la corruption dans notre pays.  Il est aujourd’hui face à ses responsabilités et à ses engagements pris à la face du monde.  Le temps n’est plus aux belles promesses.  Il doit maintenant passer à l’action et entamer rapidement des négociations avec l’ONU ou avec l’OEA pour mettre en place cette assistance technique dans le cadre du procès Pétrocaribe.  Après le passage en force des élus Tèt Kale et de leurs alliés, il n’y a pas d’autre issue.  Il faut une mobilisation majeure de toutes les composantes de la société haïtienne pour soutenir le juge qui va hériter du dossier et faire pression sur le pouvoir exécutif pour qu’il lui donne les moyens d’accomplir sa mission.

PEP AYISYEN, JWET POU NOU.

Port-au-Prince, le 15 fevrier février 2018

Edmonde S. Beauzile Présidente du PFSDH  

lundi 12 février 2018

Haïti, première puissance culturelle du monde: aberration ou absurdité?

Ce soir du dimanche 11 février 2018, je suis tombé des nues devant mon petit écran, écoutant le premier ministre haïtien présenter la République d'Haïti comme la première puissance culturelle du monde. Je me demande, tout étonné, si Dr. Jacques Guy Lafontant, médecin comme moi, a bien fait le diagnostic de cette grave déclaration. Je sais bien que les neurones de l'homme politique fonctionnent à la vitesse de l'éclair. Ce qui peut facilement le conduire à la coprolalie.

Le PM vient de se perdre malheureusement dans les soubassements du néologisme phonologique.

Une culture peut-elle s'ériger en une puissance? Une puissance en comparaison à quoi? 

Le terme culture est, certes, polysémique. Toutefois, dans la situation de communication du premier ministre, il réfère à un ensemble de traditions technologiques et artistiques, de mœurs, de coutumes et de croyances qui caractérisent le peuple haïtien en tant groupe ethnique bien déterminé.

Vu sous cet angle, la culture n'est autre que la carte d'identification d'un peuple. Si les peuples sont égaux mais différents à cause de leur culture, comment prétendre que la culture de l'un peut-elle être plus puissante que celle de l'autre? Existe-t-il des indicateurs permettant de mesurer les cultures?

Le beau et le bon sont définis par les sociétés. Ce qui scintille aux yeux de l'africain n'est pas forcément brillant pour l'européen.

Haïti est plutôt pourvue d'une richesse culturelle particulière et non détentrice d'une puissance culturelle.

Son carnaval, son rara, son vodou, sa cuisine, sa musique, ses arts... attirent bien des étrangers. Combien d'européens se sont-ils déjà initiés au vodou haïtien?

La faiblesse du secteur touristique haïtien ne permet pas de vendre la particularité de la culture haïtienne. Haïti pourrait, seulement par le tourisme, s'ériger en un véritable puissance économique dans la région. Malheureusement le plus important est ce qui manque à l'état haïtien: La volonté politique.

Le premier ministre peut vraiment profiter de son passage à la tête du gouvernement relancer le tourisme en Haïti. Malheureusement, fourvoyé par l'ampleur du défilé carnavalesque, il a plutôt, de façon erronée, octroyé à Haïti l'épithète de puissance culturelle.

Haiti est une richesse culturelle et non une puissance culturelle.

Dr. Fred Jasmin

mercredi 31 janvier 2018

31 Janvier 2018 - Anniversaire de François Nicolas Duvalier.

Nicolas et ses «blessures de guerre ».
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«L’Homme ne naît pas Homme, il le devient. » Erasme.

Toi, mon fils, tu es devenu un homme de 35 ans. Le temps passe si vite.

Je me souviens d’une belle journée à notre plage de Carriès. Tu étais particulièrement de bonne humeur et tu n’arrêtais pas de courir et de gambader partout avec tes cousins Stanislas et Misha. Tu avais à peine 2 ans mais tu savais déjà nager comme tous les enfants de la famille au même âge. Tu étais comme un petit poisson dans l’eau, ce qui faisait la fierté de ton Papa. Tu étais comme son ombre, tu le suivais partout. Tu étais sa petite mascotte et c’était attendrissant de vous regarder. Tu imitais tous ses faits et gestes. Un salut militaire par ci et une poignée de main par là. Tu étais la miniature de ton Papa.

Ce dimanche là, il fallait qu’on rentre plus tôt au Palais National, car nous avions un engagement prévu dans la soirée. Ta Nannie, Madame Clou t’a ramené dans ton bungalow pour prendre ta douche. Mais dans ta précipitation à nous rejoindre, tu as échappé à sa surveillance et tu es tombé en te cognant le front contre le mur de la chambre. On a entendu Madame Clou crier si fort, que ton papa et moi, on s’est précipité dans ta chambre. Tu étais dans ses bras et le sang coulait sur ton visage. Quand tu nous as vu, tu as sauté dans mes bras et tout de suite j ai vu que tu avais une grosse entaille au front. Mais tu ne pleurais pas. C’est plutôt la pauvre Mme Clou qui pleurait. Très ému, ton père fit chercher le Colonel Panestecker Laroche, médecin qui l’accompagnait partout où il allait, pour te consulter. Mais je connaissais déjà le diagnostique de Doc Laroche qui conseilla tout de suite des points de suture, mais sans anesthésie. Je m’y suis opposée fortement car je ne voulais pas que tu souffres et Doc Laroche fit une suture sèche et un beau pansement tout en nous recommandant les points de suture dans la soirée ou le lendemain matin.

Anya et Nicolas
De retour au Palais, ton papa te mis au lit et je demandai à notre ami, le Docteur Charles Chevallier de venir te voir. Il recommanda également des points de suture mais cette fois avec anesthésie locale. Tu dormais si paisiblement que je ne l’ai pas laissé faire et surtout je ne voulais pas te voir souffrir et pleurer. Doc Chevallier refit le pansement et je lui ai demandé de revenir le jour suivant pour la petite intervention.

Des le lendemain matin, tu t’es empressé a faire le tour des sentinelles du Palais pour montrer ton gros bobo au front. Tu as aussi rendu visite à Capi, le Général Gracia Jacques, qui t’a même offert une médaille en chocolat et un jouet pour ta bravoure et tes blessures de guerre. (Rires).

Pas besoin de te dire que tu n’as jamais eu ces points de suture, mais plutôt cette jolie cicatrice que tu as toujours au front.

Kilou, reste toujours optimiste quels que soient les moments que tu traverses. Avance, ne recule jamais.

Je te souhaite un fabuleux anniversaire.
Je t’aime fort. Ta maman

Heureux Anniversaire Kilou. Touch the sky! Je t’aime. Anya

Michèle Bennett Duvalier
Paris, France
Le 31 Janvier 2018

Le dossier de l‘assassinat du père Joseph Simoly : la vigilance est à l’ordre du jour

Près de six semaines depuis l’assassinat du père Joseph Simoly, vicaire dominical de l’église du Sacré-Cœur de Port-au-Prince, l‘affaire traîne encore au Parquet de la capitale. Traditionnellement, en Haïti, quand les autorités judiciaires tentent de brouiller les cartes dans un cas donné, on sait qu’il y a anguille sous roche, que ceux qui prennent les décisions s’appliquent à chloroformer l’opinion publique. Dans la me sure où ceux qui pilotent le dossier s’ acharnent à l’entourer du plus grand mutisme, la nation a pour de voir de se mobiliser pour éviter que le dossier n’aboutisse aux calen des grecques. Or, vu la manière dont le bureau du commissaire du gouvernement traite le cas, le peuple doit rester vigilant afin de prévenir toute manigance de la part des officiels.

On ne saurait oublier que, tout au début, on avait pressenti une manipulation du cas, lorsqu’une source policière avait fait état d’une information, délibérément fausse, concernant la victime, indiquant qu’elle a été prise pour cible parce qu’elle re venait d’une banque avant de se diriger vers sa résidence. Par la suite, la police devait désavouer cette version. Mais, toujours est-il, trois semai nes après le crime, l’institution policière, dans le cadre d’une conférence de presse, devait annoncer l’arrestation de quatre individus gardés en détention sous l’accusation d’être les assassins du père Simoly, mais se limitant, toutefois, à donner des in formations vagues sur le cas; et se gardant aussi de faire de révélations concernant les commanditaires de ce crime crapuleux. En fin de compte, la Police et les autorités judiciaires restent toujours avares d’informations concernant les auteurs de la mort du prêtre.

Mais par la faute des autorités du pays de rester égales à elles-mêmes, c’est-à-dire d’éviter d’éclairer l’opinion publique concernant cette affaire, les média, justement mystifiés, œu vrant pour la recherche de la vérité, ont opté pour fouiner ailleurs. Or, il semble qu’en dehors de la sphère officielle, l’instruction de l’affaire soit plus révélatrice. Car, non seulement les quatre individus appréhendés ont fait des aveux ayant permis d’ouvrir des pistes menant vers le commanditaire de l’assassinat, ils ont de plus permis aux forces de l’or dre d’identifier le commanditaire du crime. Toutefois, rien ne dit que le pays est sur le point d’être informé des conditions dans lesquelles le père Simoly a trouvé la mort.

En effet, on apprend que le Parquet de Port-au-Prince tarde à acheminer le dossier de l’assassinat du père Joseph Simoly au cabinet d’instruction, en l’absence du président de la République ou avant d’obtenir l’avis de ce dernier quant à la manière de procéder. Ce qui fait croire que la personne identifiée comme auteur intellectuel du crime n’est pas un étranger du pouvoir. Alors ce cas rappelle étrangement celui de Woodley Éthéard, surnommé Sonson Lafamilia, qui s’était évadé de prison après son incarcération pour kidnappings et assassinats. Sommé de se rendre à la justice, il tardait à le faire, ayant déclaré vouloir attendre le retour de l’étranger de l’ex-président Michel Martelly, son ami et protecteur. De fait, de retour au pays, Martelly devait donner l’ordre au juge d’instruction Lamare Bélizaire de le blanchir de tout soupçon.

Dans le cas du père Simoly, nous avons appris, d’une source de la Police, que le nommé Pierre Jolicœur aurait été identifié comme le commanditaire de l’assassinat. À en croire cette même source, cet individu ne serait pas à son premier coup, ayant trempé, au fil des ans, dans d’autres incidents graves liés au kidnapping et à des assassinats, sans avoir été puni, ni même interpellé par rapport à ces crimes. Car il fait partie de cette catégorie d’individus qui, en Haïti, sont au-dessus de la loi; et jouissent éternellement de l’impunité.

Certes, au fort de la période de kidnappings, quand les criminels de toutes catégories sociales endeuillaient et rançonnaient les familles haïtiennes, seuls ceux issus des quartiers défavorisés étaient appréhendés ou sommairement exécutés. Les réseaux de ravisseurs contrôlés par des hommes d’affaires riches et puissants fonctionnaient sans être inquiétés. La plupart des crimes commis en Haïti reste sans solution jusqu’à ce jour. Par exemple, si Clifford Brandt, un membre des familles bourgeoises d’Haïti, a été appréhendé le 22 octobre 2012, après l’enlèvement, le 16 octobre de la même année, de Nicolas et Coralie Moscoso, enfants du PDG de la Sogebank, puis condamné, le 13 septembre 2016, à 18 ans de réclusion, d’autres de sa classe sociale courent encore les rues. On en veut pour preuve le cas de Stanley Handal, le kidnappeur présumé de Génélus Nathanaël, un employé de l’UNIBANK (succursale de Damien), perpétré le 4 août 2005. Arrêté sur la base d’un rapport accablant de la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ), en août 2005, Handal fut libéré le 11 décembre de cette même année par le juge Jean Pérez Paul, au moment où les tribunaux étaient « en grève ». Génélus Nathanaël n’est jamais retourné à sa famille.

En ce qui concerne M. Jolicœur, les autorités judiciaires gardent le plus grand mutisme autour de son nom. N’était-ce l’indiscrétion d’une source proche de la PNH, son rôle dans l’assassinat du père Simoly ne serait jamais connu. Car il évolue dans l’orbite du pouvoir et partage la même « mangeoire » avec les dirigeants. Très connu dans le secteur de la construction, particulièrement en tant qu’importateur de bitume, Pierre Jolicœur appartient à cette classe d’hommes qui s’enrichissent grâce à ses relations avec les dirigeants du pays, dans les conditions que l’on sait.

Vu la manière dont le système judiciaire haïtien pilote ce genre de dossier impliquant de tels citoyens, il est tout à fait légitime que l’opinion publique soit mobilisée pour que le jour soit fait sur l’assassinat du père Simoly et que tous les responsables soient identifiés et traduits en justice. Il est donc aisé de comprendre, dans de telles conditions, pourquoi il faut appeler à la vigilance les uns et les autres. Cela est d’autant plus urgent que d’ores et déjà apparaissent les signes d’une conspiration en gestation en vue de kase fèy kouvri sa.

H.O.

Haïti : L´audiovisuelle dans l´œil de l´opinion publique nationale et internationale.

REGARD DE LA FENÊTRE
Haïti : L´audiovisuelle dans l´œil de l´opinion publique nationale et internationale.
Publié sur Haiti Observateur du 31 janvier 2018

FAKE NEWS :  PERSONNE NE POSSÈDE LA VÉRITÉ!
Par Michelle Mevs, le 29 Janvier 2018.
Personne ne possède la vérité.  Si personne ne l'a jamais tout à fait, on peut néanmoins l'étudier au plus près des faits. La vérité n´est jamais une fiction, mais sa recherche reste un véritable défi.
«  Pour la vérité et pour l'histoire» se plaisent à dire les journalistes Haïtiens, comme un leitmotiv, en vue de dégager  les faits des entretiens. Le rapport avec la réalité est un sujet qui  interpelle. Mais comment comprendre les limites de la vérité universellement ? Qu´il  s´agisse de  violence du dénigrement  (ou du « fake news »), de  contre-vérité ou de  propagande («  untruth », faits-alternatifs) ou encore de faire le buzz ou d'obtenir une « exclusivité »:  le paysage médiatique de la stratosphère  en est saturé!
De nos jours, il est facile de discréditer à volonté qui que ce soit sans réserve, et sans conséquence réelle pour celui qui est coupable d'une telle infraction.  L'audiovisuelle :  médias numériques, radio, TV, youtube, fb, twitter,  whatsapp, etcdans sa globalité est devenu un instrument de divulgation hors morale ou hors éthique,  de sorte qu'il  devient nécessaire et urgent de relever le défi.
À l'heure du numérique,  les opinions prévalent sur les faits, alors qu'au plus proche de la vérité,  il n'y a que l'investigation du matériau factuel qui ouvre sur la  vérité, la vraie ! La norme actuelle  dans l´audiovisuelle consiste à substituer  l'information,  la vérité des faits ( « truth of facts ») par l'opinion, par la perception propagandiste. Cette dernière est souvent sponsorisée.   
Quand Le récit s'engage dans le tunnel de l'intérêt individuel ou de groupe, et qu´aucune lois ne la réglemente en Haïti, du moins pas encore,  il règne forcément une  grande confusion dans l´opinion publique. Ne devrions-nous pas penser que l'audiovisuel est une plate-forme d´enfer où l'homme devient  un loup pour l'homme ?
Comment comprendre le traitement de la « vérité » dans la sphère politique et publique aux Etats-Unis.  Par exemple, quand le président Donald  Trump fait savoir au monde, à la mi-janvier, par un tweet à sa sauce, que l'amélioration de  l'économie américaine est de son seul fait, son allégation est considérée par les économistes comme un « autre fait ».  Et  la réponse lui vient sous forme de démenti quand Lisa Cook va  twitter :« We set in motion what we see now. You cant create an economy overnight ».  « Nous avons mis en marche ce qui  ce qui est là, On ne peut créer une économie du jour au lendemain ». (Voir la publication de  PBS.Org. News  du 18 janvier 2018 sous le titre : « Trump takes credit for the good Economy »). Trump s'attribue le mérite d'avoir remis  l'économie en état.
Toujours aux États-Unis,  le président Donald Trump s'acharne contre des principaux médias, tels que CNN, The New York Times,  Washington Post, qu'il accuse de propagateur de pre-fake-news (des informations pré-fabriquées).
Comment répondre légalement au dénigrement, à la désinformation  (« fake news ») quand on en est soit-même victime ? En France, Emmanuel Macron veut combattre  la désinformation, la propagande. La France est en train d'élaborer  un projet de loi sur l'audiovisuel public, loi qui sera promulguée fin 2018. La législation vise à réglementer les excès de toute  propagande mensongère, d'où qu'elle vienne, par rapport à la diffusion dans l´audiovisuel.  Le «  fake news », en période électorale comme  en temps normal, est toujours nocif à la bonne marche de la démocratie et au bon fonctionnement de la société pense-t-il.   Emmanuel Macron ayant été lui-même victime lors de sa campagne électorale par les médias russe Sputnik et RT en a pris l´initiative.  Ne lui prêtait-on pas des comptes offshore aux Bahamas,  une vie privée perverse ?  Des messages qui menaçaient sérieusement la crédibilité du candidat à la présidence  à un moment critique des élections françaises. On apprend, par exemple, qu'en vertu de cette loi,  un juge pourra être saisi en référé et décider  de la suppression d'un  contenu  d'un message jugé mensonger.
Les médias dans le secteur de l'audiovisuel
«  La presse est l'ennemi du peuple »,  dit Trump. Nixon détestait viscéralement les journalistes; et Michel Martelly se montrait méfiant et intolérant et extrêmement  injurieux  envers les médias haïtiens. Nombreux sont les chefs d´Etat qui craignent l'impacte de l'information sur la société et sur leur gouvernement. Cela s'explique par l'angoisse qu'ils ressentent  face aux  journalistes dont la fonction  consiste à rendre compte de la réalité, d'investiguer et de vérifier les faits.  Cela dérange certains  politiques, ceux qui font fi de ce qui est correcte, juste et honnête. Ils préfèrent évoquer une fiction; ceci, quand ils ne font pas dans la dissimulation.   
La demande du public en information est vorace. Cela n'a jamais marché aussi bien pour les médias traditionnels, journaux,  audio visuelle également. Des ventes annuelles accrues, de l'ordre de 150 millions  de copies vendues ponctuellement et  3 millions  d'abonnés au NY times et Washington Post (acquis par Amazon).  La raison  principale de cette réussite, commentent les dirigeants de ces journaux,  c´est que les gens ont soif de faits véridiques. Ils sont confrontés à un manque  extrême d'informations crédibles et d´analyses sérieuses.
Pour leur part,  les radios et  media on-line jouissent  davantage de liberté cependant, malgré leur quête ou exigence de popularité, ils  ne peuvent dépasser la ligne rouge du « fact news » pour sombrer dans le « fake news» puisqu  à long terme, cela  ne leur rend pas service.  Dans une société restreinte comme celle d'Haïti, où tout le monde se connaît quasiment, le moment arrivera où la clientèle déçue de la manipulation médiatique  ira chercher ailleurs ses informations... On n'a qu'à écouter Matin Débat de Luco Désir pour l´entendre mentionner à tout bout de champs, de sa voix de santore,  qu´il est à la recherche de la vérité. Il aura compris que c´est une vision correcte à adopter.  
Quant à Donald Trump par rapport à Haïti, nous savons tous qu'il cavale sur  les faits-alternatifs ou  (alternative fact) comme sur un cheval de bataille politique.  Poursuivant  sa course folle, il  incite à la violence du racisme; d'ailleurs, ses excès sont nombreux et scandaleux... Nous, les Afro-haïtiens et les Africains en plus des  Salvadoriens avons reçu une forte dose de vitriol de la part de Trump nous décernant le qualificatif inacceptable de « shithole ».  Pour lui et son équipe,  il  s'agit toujours  d'émettre leur propres  interprétations des faits sans  jamais  tenir compte des événements dans leur intégralité, ou du moins d'y appliquer une certaine objectivité.  
Dans un contexte plus large, il y a danger d'infiltration des ennemis nationaux; et aucun pays n'en est exempt. Nous lisons la publication du journal français L´Échos : «... Sous le coup d'une enquête du Sénat américain, Facebook a reconnu que 126 millions d'Américains ont vu de fausses nouvelles diffusées par des agences russes sur son réseau. Aux États-Unis, une proposition de loi est en cours d'élaboration, qui obligera les plates-formes Internet à faire toute la lumière sur leurs clients en matière de publicité politique ».
Les recommandations du pape François
Le 24 janvier 2018, dans un document intitulé « La vérité vous libérera Fake News et journalisme pour la paix » :  « Le pape François s'est dressé contre la diffusion des fausses informations, qui servent, selon lui, le bas-œuvre du malin. Et le pontif de citer  La Bible :  « La vérité vous libérera ». Il va même jusqu'à expliquer la tromperie dont Eve fut victime au Jardin d´Éden.  Quand Satan, dans sa fourberie, lui fit miroiter  qu´en mangeant le fruit défendu, elle atteindrait la connaissance du bien et du mal..  
L'enseignement du pape François se lit  ainsi :  Les résultats des énoncés « Fake News » sont conséquentes et personne n'y échappe, Ève l'a été  également. De fait le mensonge, la   médisance, la tromperie  existent depuis que le monde est monde.  C'est juste que Donald Trump, le président américain,  en a répandu ouvertement  l'usage comme un fait accompli,  un fait “politiquement correcte”. Il en a fait son sceau tout à l'avantage de sa cause politique : « L'Amérique d'abord ».
La désinformation est un continuum
S´il n´est pas un chanteur professionnel  comme Michel Martelly le polémiste,  du moins Donald Trump comme lui,  sait pérorer haut et fort sa propagande.  « Rendons l'Amérique grande comme elle l'était ! » ne cesse-t-il de répéter; comme si les États-Unis avaient été détruits par Barack Obama. Nous savons tous qu'il n'en est rien.  Rappelons, également « pour la vérité et pour l'histoire », que le président Bush et son slogan « arme de destruction massive » en Irak n'était pas loin de ce type de  propagande mensongère pour  justifier sa  guerre. On a découvert trop tard qu'il n'y avait que manipulation dans cette assertion.  
Mode de fonctionnement des médias en Haïti
En Haiti, les faiseurs d´opinion et sources de diffusion des informations sont principalement  les  radios et leurs émissions phares  dont les émissions sont enregistrées et  relayées par Youtube. En retour, les auditeurs émettent  sur les    réseaux sociaux les données reçues, les commentent, les re-distribuent. En                        ce sens, ils deviennent  à leur tour  des agent de diffusion, des propagateurs d´émissions.
La radio en Haïti est-elle un espace de « sensations »  ou de ragots,  contrairement à ce qu'a dit récemment valéry Numa dans son émission sur Vision 2000? Aura-t-il voulu rassurer le public en perte de confiance? Les médias y sont-ils susceptibles de succomber aux pression du pouvoir,  aux pouvoir de l'argent ?   Dressons ici un bref panorama: D'une part, en Haïti, les patrons  des médias ont chacun leur secteur d´influence et leur agenda politique à imposer, tandis  les professionnels de la presses,  aux revenus  nettement insuffisants, se situent  en face non seulement  des pouvoirs d'argent mais également des politiques qui, ayant accès au trésor de l'Etat démontrent une grande  facilité de corrompre.  Bien entendu la presse tabloïd  (presse populaire) a toujours existée, la différence  c'est qu'elle est aujourd'hui  bien plus impactante  par le truchement de ses images et son service audio.  De plus, les accusations fausses se mêlant aux vraies,  elles  ne sont  pas facilement identifiables,  à moins d'être un  décodeur professionnel  ou d'avoir accès à un tel service.
Rappelons l'opinion du  pape quand il décrit certaines activités des Médias : « dans la folle course à la primeur, le buzz  (les journalistes) doivent se rappeler que l'essentiel de l'information n'est pas la rapidité avec laquelle elle est rapportée ou son impact sur l'audience ou les lecteurs, mais les personnes qu'elle concerne ».  Ainsi dit le pape, faisant en outre valoir que les journalistes devraient se focaliser moins sur les      « dernières nouvelles » que sur les causes sous-jacentes des conflits.... Mais certains peuvent être « des serpents » qui portent les journalistes à se faire le relais des fake news.  Le souverain pontife s'est basé sur un verset biblique, comparant leur utilisation au diable dans la Bible, qui, sous la forme d'un serpent, persuade Ève de manger le fruit défendu. En lui assurant que la pomme lui apporterait la connaissance du bien et du mal, satan a fourni de mauvaises informations à Ève, a souligné le Pape François.
Qu'en est-il du lobbying ?
Se mettre au service du pouvoir, en faisant du lobbying, n'a rien de répréhensible. Cependant il est important pour le lobbyiste  de s'identifier ouvertement. Il est essentiel  que le journaliste engagé comme lobbyiste  sauvegarde sa réputation et son honneur afin de faire montre de  probité, sinon d'une certaine logique  dans l'exercice de son engagement envers un groupe ou un autre.  Cette pratique est quasiment impossible en Haïti quand le pouvoir  représenté a si peu d´indicateurs  solvables, et des positions difficilement défendables. Car, il faut bien le noter:  le sens de la responsabilité citoyenne, la bonne  renommée, le sens de l'éthique et du fair-play sont les caractéristiques d´un lobbyiste talentueux et efficace. En Haïti il est regrettable que des arguments de conseillers au gouvernement  ne vont pas toujours dans le sens de la logique ni du respect de la population.  
La démocratisation de l´information
Les média sociaux, Facebook Whatsapp, Twitter et Youtube, Snapchat et les autres  sont devenus la source principale d'informations ponctuelles  aujourd'hui davantage que la télévision, ou  la presse traditionnelle parlée et écrite.  Et ils sont également des émetteurs de données. Ces canaux de distribution mentionnés  assurent la multiplication de la propagande,  de faits, d'idées, d'opinions de manière exponentielle.  Les applications et le wifi  accélèrent le processus de livraison de l'information en un click sur l'écran de l'appareil mobil, du portable ou tous autres  émetteurs, qu'ils soient des appareils en ligne ou  des médias traditionnels. Les algorithmes permettant de cibler une majorité d'une population par rapport aux goûts et attitudes communes et similaires, qui  s´atomisent  et se renforcent à la fois.  La réception d'un public émerveillé par l´usage de ces outils font l'immense  succès des GAFA.  Un public fasciné,  qui  reçoit/ émet  dans des opinions de manière extrêmement accommodantePas étonnant qu'il soit addict à l'utilisation du numérique, sans même qu´il  s'en rendre compte.
Quelques spécificités: On ne doit jamais  sous-estimer l'interaction de la démocratie et des médias. Car il faut bien comprendre « La  démocratisation et les médias dans la création et de la distribution de linformation ».  
Le numérique ouvre l'accès aux territoires: Et quelle facilité pour l'individu  des territoires les plus reculés au monde,  -en province, en Haiti par exemple-,  d'avoir  accès aux  émetteurs mondiaux d´information òu qu´ils soient localisés.  Eux  jouissent  également  de cette immense capacité de diffuser ou de se faire entendre.  
Il ne faut pas, non plus, minimiser le pouvoir de « lanonymat dans cette fabrication et diffusion  de linformation. Des adversaires de toute origines et spécificités en arrivent à se camoufler sous des pseudonymes et groupes bidons. Des puissances étrangères, telle que la Russie, achetant des espaces publicitaires à fb, en vue d'orienter l'opinion, à l'occasion des élections américaines en sont un exemple flagrant ».  
L'enfer du dénigrement et de la propagande dans les médias haïtiens     
Le journaliste, sait-il qu'il doit jouer le rôle d'un héros et non pas d'un bandit, car sa responsabilité est grande dans l'évolution des mentalités citoyennes par rapport à de son activité  de contre-pouvoir démocratique.... Il demeure entendu que les  journalistes à succès professant sur les radio et  journaux et relayés par Youtube se réclament être  des citoyens engagés pour la patrie commune et  ambitieux dans le bon sens du terme. Ils sont en mal de reconnaissance nationale ou internationale, mais aussi de succès économique:  des droits tout à fait légitimes et louables. Ils sont nombreux et talentueux, nos journalistes en Haïti qui sont à la recherche de moyens correctes.
Nonobstant, il arrive que  certains membres de la presse,  non moins qualifiés et non moins talentueux,  s'ingénient à diffuser sur le net des arguments tordus ou faux faisant œuvre de harcèlement contre certains,  secteurs ou institutions du pays, pour des raisons à decouvrir ou dans le cadre d´un activisme oppositionnel.  Bien entendu, trop souvent, il arrive aux  moins expérimentés de céder à la facilité.
La majorité des professionnels des médias en Haïti se montre fort courageuse, ne craignant pas de s´attirer les foudres des puissants. S´ils sont  avides de reconnaissance de leur auditoire etc,  ceci  ne peut qu'être à leur crédit.  Leur dynamisme au quotidien est remarquable et mérite appreciation.
Indiscutablement, les médias locaux  sont confrontés à une dure concurrence pour trouver de  la publicité ou acquérir  du sponsorship. Il serait souhaitable qu'ils entreprennent  des étude du marché par rapport aux dossiers traités pour travailler en toute transparence.  Par ailleurs, Une meilleures préparation en amont de leurs émissions leur permettrait sans doute de gagner en public et en popularité donc en sponsorship. Mais ceci, ils le savent déjà! Les limites du marché publicitaire sont un barrage à surmonter, un problème pour les médias  locaux.
Nous nous réjouissant  que dix de nos journalistes de la radio et audio-visuel soient élus les plus valables et populaires de l'année 1917, citons:  Liliane Pierre-Paul,  Jean Monard Métellus,  Gary Pierre Paul Charles, Roberson Alphonse, Luco Desir, Wendel Théodore, Guerrier Henry, Michel Joseph, Denel Sainton. (Source la Gazette Haïti).  Il serait bon d'ajouter ici un influenceur des médias, un nom, celui de Patrick Moussignac, patron de presse haïtien, et  PDG de Radio Télévision Caraibes. Son action participative  est notoire  sur la scène politico médiatique en Haïti et même dans la diaspora. C´est que cette personnalité  recueille a tout bout de champs  les félicitations de ses confrères des plus jeunes aux plus expérimentés, se montrant  un pôle de réunification du métier à lui tout seul
Les victimes des réseaux sociaux via «fake news »
Comment décrire les victimes de « fake news » en Haïti ? D'une manière générale, plus on est connu ou reconnu dans la sphère publique, plus le détracteur en tirera un certain avantage au détriment de sa victime.  Le personnage public ou la célébrité sont dans la visée de la presse. Ils sont la cible préférentielle d'une campagne de désinformation  qui peut empirer  en dénigrement. Le commun des mortels l´est  moins souvent, sauf par ses adversaires personnels jaloux ou vindicatifs (femmes jalouses ou revanchardes, par exemple).
Il arrive que des groupes de jeunes se décident de se lancer à l'attaque d'un individu  qu'ils prennent pour cible. Quand un personnage public est désigné comme bouc- émissaire dans un pays ou les médias sont libres et se projettent en avant dans un mode d'auto-complaisance,  d´investigation zéro,  de  narcissisme,  de morbidité  ou de chantage:  la méchanceté à l'ère du numérique fait chou et rave. Une telle pratique  rendue facile par le truchement des  réseaux sociaux augure  la propagation du mal,  l'agression, le haine  des uns par les  autres.
En même temps, dans un pays au double versant culturel matriarcale  et machiste où l'on vénère la mère et n'apprécie pas à leur justes valeurs  les femmes aimées, épouses ou maîtresses, le système « fake news » atteint le comportement religieux. L´image de la  bigoterie et de la  tartufferie sert de compensation à toute mauvaise action commise.   L'ambiguïté va bon train.  
La chronique d'une mort annoncée en « fake news »  
Combien de fois avons nous entendu annoncer la maladie ou la mort de certains personnages ou personnalités bien connues et  importantes en Haïti  pour apprendre après coup  qu'il n'en était rien. Actuellement, en politique au pays, cette  pratique récente consiste à annoncer la nouvelle d'une grave maladie  concernant un  adversaire ou même sa mort. c´est une façon de détruire par anticipation l´avenir de l´autre, de le tuer virtuellement.  Quand on veut nuire à la carrière d´autrui,  on dit qu'il est malade. Cela sous-entend son   incapacité d'exercer sa profession ou de s'adonner à ses activités. On l'interne virtuellement  à l'hôpital, spécifiant chambre et médecin en charge  ou en assurant éventuellement  que la personnes est déjà passé à l´autre monde. En voilà une façon surprenante de se propulser carrément dans le  domaine du fake news et de faire surgir  tout un agrégat de suppositions macabres à l´annonce publiée.  
Et puis il y a le  carnaval de la moquerie revancharde à travers des chansons carnavalesques de bas- niveau,  scatologiques et foisonnant  de bêtisiers sexuels et  sociopolitiques. Il y a notamment  le harcèlement médiatique agressant  certains journalistes connus  qui se déroule bien honteusement  depuis trop longtemps.  
Les faits objectifs  existent, mais l'interprétation des données s'appelle analyse et non fiction.  Or, il y a également le dicton qui prévaut  « À chacun sa vérité ». L'être humain  a la faculté de transformer  le subjectif, comme par enchantement, en  expression d´une contre-vérité, un mensonge forgé à  partir d' aprioris,  ou encore pour accomplir un agenda caché.  C´est à cause de ce côté humain qu'il faut éviter à ne pas confondre l'interprétation subjective et vérités objectives.
Comment donc faire dans la  la vérité, selon qu'on soit président élu démocratiquement, un  journaliste de scoop ou de carrière,  ou encore un  simple citoyen, un jeune universitaire et un jeune paysan dont l'approche à la compréhension ou à l'assimilation des événements pourrait varier ?  Force est de constater en tout cas,  qu'il faut s'en tenir à   « la vérification des faits » ou à l´établissement de  la matérialisation des événements. Tout homme est libre de se faire une opinion et d'exprimer son opinion,  néanmoins il est impérieux de s'assurer  que le clivage  critique entre les individus et les groupes d'individus  ne sert pas de mobiles à détruire ou  à tuer, car c'est bien de cela qu'il s´agit.
Il nous faut évoquer ici la délation négociée de certaines personnes qui veulent se faire passer pour  des lanceurs d'alertes héroïques. Alors, il est impérieux de  questionner : ont-elles des preuves tangibles des faits qu'elles avancent ?  Dans ce même ordre d'idées on se doit de  douter  de  l'exactitude des informations fournies  aux journalistes par des gens se faisant passer pour des lanceurs d'alerte. Disent-elles toujours la vérité ? Et Si elles seraient  des  déviants, qui révéleraient un scandale moyen pour mieux en dissimuler un autre encore plus grand ? De tels individus pourraient tout aussi bien être mobilisés afin de créer par leur révélation la pagaille, provoquer l'instabilité.  Somme toute, voilà où nous conduit l'étude  d'un espace corrompu : à la méfiance, à la défiance.
En Haïti il y a parfois solidarité entre lanceurs d'alerte et les personne évoluant à l'intérieur du système de  pouvoir. Dans ce cas des représentations graphiques, des photos, des documents  disparaissent de l'obscurité des dossiers des pouvoirs en place. Une preuve probante  que des citoyens  à l'intérieur du système  et au sein de l'administration publique se rebelle, s'engageant à faire  la lumière en toute solidarité avec le contre pouvoir.  On retrouve nombre de documents  sur whatsapp  qui  révèlent  des tractations  obscures, des magouilles sous-jacentes  et  surtout une volonté arbitraire  de domination et un désir de continuité électorale  d´un  régime sombrant dans les dérives. Nombreux sont-ils dans le système qui prennent le risque de dévoiler au public ce que les autorités  auraient voulu occulter. Ces lanceurs d'alerte, sont de simples citoyens courageux  et solidaires.   Ils prennent des risques à révéler  des secrets d´intérêt publique,  des  accords signés avec des organismes internationaux engageant le pays etc.. A bien penser: Les contrats et documents engageant la nation ne devraient-t-ils pas  être du domaine public? Il y a carence légale d'accès à l'information;  à l'accès à l'information de haut niveau et aux conséquences nationaux comme, par exemple, les contenus de projets de  lois en préparation, les contrats de fourniture en énergie pour ne citer que ceux-la. le site Tout-Haiti et Edens Desbas qui réclament l'accès à la libre l'information pour Haïti se mettent en avant.
Des conflits et polémiques aux effets exponentiels
La polémique c´est le conflit entre deux versions. Celles-ci s'auto-alimentent et s'engagent dans une boucle de  violence accrue, un cercle vicieux. Répondre aux injures ou aux dénigrements, à la désinformation c'est bien souvent comme donner des coups d'épée dans l'eau. D'autres mesures seraient nécessaires.  Quand le  rationnel est mort et qu´il ne reste plus   que   l'émotion médiatique  propageant une certaine  fiction présentée comme vérité, la situation dégénère pour le pire. À noter  que certains hommes de presse sont prêts à tout pour faire  le scoop ou le buzz. Ils se lancent en même temps en  concurrence sauvage contre leurs collègues,  s'appliquant  à entretenir  une certaine polémique inventée  pour l'occasion. Pour conclure, disons que la polémique est nocive à long terme  à l'intérêt public et ne dessert que quelques secteurs.
Le préjudice irréparable des « fake News »
La désinformation et la propagande daujourdhui diffèrent de ce quelles étaient dans le passé.  Elles sont autrement plus violentes ou plus pernicieuses dans l'écosystème post-vérité que nous vivons.  Et le dénigrement est néfaste puisque jamais il ne rétablit tout à fait la bonne renommée offensée. Pire que  tout autre outrage, c'est un viol.  Une femme violée ne redevient pas vierge quels que soient les excuses ou le dédommagement reçus a posteriori. Il en est de même  pour le dénigrement.
Les sondages sont-ils fiables ?
Attention aux sondages où se retrouvent  ces même déviations entre vérité et fiction ou les interprétations des chiffres et des études sont présentées comme vérité. D´ailleurs, il arrive que les firmes de sondages choisissent pour des raison propres de mentir aussi bien que n'importe qui. EIles font dire aux chiffre ce qu´elles veulent, dit-on, couramment.
La loi sur la diffamation et sur l´audiovisuel?                                                                                En Haïti, l'élaboration de la loi sur la diffamation avec emphase sur l´audiovisuelle nous interpelle. Ceux qui la promeuvent  la font passer pour un élément libérateur des préjudices de la désinformation ou « fake news ». Le débat est ouvert en ce sens en France, au Etats-Unis. et pourquoi pas en Haïti?
La notion de la recherche de la vérité est un attribut des journalistes.  Les mesures de  dissuasion et la condamnation pénale contre  toute dérogation à la loi pourrait éventuellement corriger la situation et apporter un changement  de comportement.
Une loi sur la diffamation existe déjà en Haïti, mais date de quelques années. On avait prétendu que son but était de faire taire les opposants aux régimes totalitaires.
Les scénarios peuvent être multiples et variés. Deux exemples : certains journalistes sont victimes de  la vindicte présidentielle;  d'autres personnes sont l'objet du  harcèlement systématique de certains journalistes à la solde de groupes d'intérêt. Quelque soit la situation,  justice doit être rendue. Il est souhaitable que la loi encadre l'expression de la vérité, qu´elle encourage la prise de responsabilité citoyenne quant au  respect de la vie d'autrui dans la société haïtienne !
Récemment, un  projet de loi contre la diffamation débattu et voté au Sénat n'a pas vu le jour.  Il  semble qu´il soit dans les tiroirs de la Chambre basse, peut-être jusqu'à sa résurgence prochaine.  En tout état de cause, améliorer ce projet de loi sur la diffamation en y ajoutant un chapitre entier sur le secteur audiovisuel serait souhaitable... Tâche ardue quand il s'agit d'un défi à relever, puisqu'il faudra considérer à tout moment la liberté d´expression individuelle et celle de la presse comme essentielle au processus démocratique et n´en pas déroger. Autoriser la révision périodique des lois d'application sur le sujet pour s'en tenir à tout moment  au plus près de la vérité dans l'intérêt du public  réjouira  les  professionnels des médias eux-même. Leur leitmotive « pour la vérité…(et pour l´histoire) »  n´indique-t-il  pas  que la vérité serait une  pierre angulaire de leur édifice de communication ?  
Michelle Mevs
29 janvier 2018